Les bunkers albanais ravagés par la marée montante alors que l’érosion fait des ravages

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Les bunkers albanais ravagés par la marée montante alors que l'érosion fait des ravages



SEMAN (Albanie) (AFP) – Les bunkers albanais de l’ère communiste étaient censés résister à une frappe nucléaire, mais des décennies plus tard, les fortifications sont dévorées par la mer alors que le littoral du pays est battu par l’érosion.

        <p>Les rives du pays des Balkans sont parmi les plus touchées d'Europe par l'érosion, selon les experts, qui accusent le changement climatique et l'urbanisation incontrôlée d'être le fléau. 

Le long des rives de Seman, dans le centre de l’Albanie, de nombreux bunkers construits sous la direction de l’ancien dictateur Enver Hoxha – qui craignait une invasion imminente par les États-Unis, l’Union soviétique et la Chine, entre autres – sont maintenant sous l’eau.

Il en va de même pour le commissariat, un terrain de sport et un puits de pétrole.

Sur les plages, des troncs d’arbres ont été arrachés, tandis que des toits effondrés témoignent de l’impuissance de la population face à la mer toujours en mouvement.

« Les bunkers étaient censés résister à tout mais ils ont échoué dans leur seule et unique bataille », raconte à l’AFP Ilir Zani, 80 ans.

Selon les habitants, l’Adriatique a avancé de 800 mètres (un demi-mile) dans cette zone au cours des trois dernières décennies seulement.

Izmir Mernica, 47 ans, résident de Seman, craint que son café ne soit le prochain.

« Nous sommes inquiets, la mer engloutit tout », dit-il en désignant un château d’eau désormais échoué au milieu de l’Adriatique.

« Les vagues nous engloutiront »

En 2009, les autorités se sont appuyées sur des chars militaires pour retirer de la mer sept bunkers submergés à la suite d’une série de noyades causées par les tourbillons créés par les courants autour des structures.

Plus d’une décennie plus tard, les bunkers sont de retour sous l’eau.

La mer « les a repris », dit Mernica.

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Les experts accusent le changement climatique et l’urbanisation incontrôlée de l’érosion de la côte albanaise Gent SHKULLAKU AFP
    </div>Selon des experts en changement climatique travaillant pour le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), plus d'un tiers des 427 kilomètres de côtes albanaises (265 milles) sont touchés par l'érosion, à un taux d'environ un à deux mètres (trois à sept pieds ) par an.

Abdulla Diku, un spécialiste de l’environnement, a déclaré que pour chaque hectare de terre, environ 27 tonnes de sol sont perdues chaque année par les marées montantes, ce qui est environ 11 fois la moyenne des autres pays européens.

À Qerret, dans le centre de l’Albanie, Vlash Moci entretient toujours son bunker, qui abritait autrefois des canons anti-aériens et est maintenant un bar qui attire les touristes étrangers.

Moci, 64 ans, craint que les marées montantes ne réclament bientôt ses affaires, le bunker voisin – une structure vert pâle qui ressemble à une soucoupe volante – étant déjà sur le point d’être consumé.

« On a peur qu’un jour de grosses vagues nous engloutissent. C’est terrible », confie-t-il à l’AFP.

Pour riposter, les propriétaires de villas et d’hôtels voisins à Qerret ont commencé à construire des jetées illégales perpendiculaires à la mer.

Mais les experts soutiennent que les mesures ne font qu’exacerber la situation.

« Point chaud de l’érosion »

« Ce sont des solutions individuelles qui aggravent le problème et nuisent à la biodiversité et aux écosystèmes marins », prévient Mirela Kamberi, experte au PNUD.

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Le dragage non réglementé du sable des rivières a accéléré leur cours et le développement urbain incontrôlé le long de la côte a endommagé les défenses naturelles de la région
Le dragage non réglementé du sable des rivières a accéléré leur cours et le développement urbain incontrôlé le long de la côte a endommagé les défenses naturelles de la région Gent SHKULLAKU AFP
    </div>Avec peu d'efforts pour arrêter les marées montantes, la mer semble être irrésistible dans un avenir prévisible. 

En raison du changement climatique, les experts prévoient que le niveau de la mer en Albanie augmentera de 40 à 105 centimètres (16 à 41 pouces) d’ici 2100, par rapport aux changements enregistrés entre 1986 et 2005.

Pour ajouter aux malheurs du pays, la déforestation a également fait des ravages, tandis que le dragage non réglementé du sable des rivières a accéléré leur cours et que le développement urbain incontrôlé le long de la côte a endommagé les défenses naturelles de la région.

« Le problème est que les gens ont coupé presque tous les sapins pour construire des bâtiments, endommageant les systèmes naturels », explique Besnik Zara, 66 ans, alors qu’il jette une canne à pêche dans la mer.

Et dans les montagnes de Shupal, près de Tirana, il est facile de voir les dégâts causés par l’érosion plus à l’intérieur des terres, dont la plupart ont été causés par la déforestation et les rivières qui alimentent un réservoir voisin.

Ce lac, qui alimente la capitale en eau potable, « est déjà considéré comme un point chaud de l’érosion », précise Diku.

Pour faire face, les autorités ont interdit l’abattage de plus d’arbres dans les forêts de la région en 2016.

Ils se sont également engagés à mettre en œuvre les promesses faites lors des conférences des Nations Unies sur le climat à Paris et à Glasgow et ont commencé à adopter une nouvelle législation.

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Les résidents locaux craignent que les marées montantes ne réclament bientôt leur entreprise
Les résidents locaux craignent que les marées montantes ne réclament bientôt leur entreprise Gent SHKULLAKU AFP
    </div>"Le crime environnemental sera traité par le code pénal comme un crime contre la vie, la propriété ou au même titre que le crime organisé", a prévenu le ministre de l'Intérieur Bledi Cuci. 
        <p class="t-copyright">© 2021 AFP</p>        </div>

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